Le p***** de syndrome de l’imposteur [auto-thérapie]

Le syndrome de l'imposteur est un mal dont on peut se défaire

Laissez-moi vous raconter une histoire effrayante, digne des dossiers du couple Warren. C’est l’histoire d’un parasite qui s’immisce sous la peau de ses victimes sans que celles-ci ne s’en aperçoivent. Une bête si fourbe que, même si elle dévore ses hôtes de l’intérieur, ceux-ci peuvent prendre des années avant de réaliser son existence et tous les maux qu’elle leur cause. Le dénommé syndrome de l’imposteur est un véritable démon qui dessert tous ceux qu’il touche. Qui est-il ? D’où vient-il ? Que veut-il ? Mais surtout, comment s’en débarrasser ?

(Petit disclaimer : n’étant pas psy, il ne s’agit que des mes impressions en tant que personne infectée.)

 

Le syndrome de l’imposteur, qu’est-ce-que c’est ?

 

Origine d’un mal-être

1978. Université d’État de Géorgie. Pauline Rose Clance, psychologue et enseignante remarque que plusieurs de ses étudiants, notamment les filles, expriment un sentiment d’illégitimité. En effet, certains estiment que leur place au sein de l’établissement n’est pas méritée. Quant à leurs bonnes notes et autres succès, ils sont selon eux dus à des coups de chance ou à un travail acharné qui n’a rien à voir avec l’intelligence.

La psychologue, en collaboration avec sa consœur Suzanne Ament Imes, réalise alors une étude sur ce qu’elles nommeront « phénomène de l’imposteur » (Impostor Phenomenon). Elles observent, interrogent et analysent environ 150 femmes. Des étudiantes, des professionnelles ayant des postes à responsabilités… Bref, toutes les participantes démontrent une réussite indéniable, qu’elle soit scolaire ou dans le monde du travail. Pourtant, toutes ces personnes se considèrent comme des charlatans.

Suite à ces recherches, les deux psychologues ont rédigé un article : « The impostor phenomenon in high achieving women : dynamics and therapeutic intervention ». Celui-ci a été publié dans le journal des spécialistes de la psychothérapie, Psychotherapy: Theory, Research, and Practice, 15, 241-247

Si l’étude parle principalement des femmes, on admet aujourd’hui que les hommes sont également concernés. (N’oublions pas que nous sommes en 1978… les femmes américaines ne seront autorisées à faire des demandes de prêt en leur nom que deux ans plus tard ! Le phénomène de l’imposteur est fortement justifié par un contexte dans lequel beaucoup voient encore d’un mauvais œil la réussite des femmes.)

Aujourd’hui, on parlera également de syndrome de l’imposteur.

Comment savoir si l’on est concerné par ce phénomène ?

Ceux qui en parlent

Personnellement, j’ai compris que je faisais partie des élus en regardant le TedX de la journaliste et écrivaine Marie-Aldine Girard, « Merci à la femme parfaite d’être une connasse ». Même si l’auteure de La femme parfaite est une connasse n’y emploie pas l’expression « syndrome de l’imposteur », elle parle du fait de se sentir comme une escroc aux yeux de ses confrères journalistes. Certaines personnes ont évoqué de notre parasite dans les commentaires, suite à quoi j’ai fait quelques recherches. Telle Cendrillon essayant la pantoufle de verre (vair, les vrais savent), tout ce que je lisais me correspondait parfaitement.

Plus tard, je suis tombée sur d’autres conférences, dont celle de Lou Solomon. Fondatrice de l’agence de communication Interact, elle décrit les symptômes retrouvés chez les personnes atteintes du syndrome. Elles les appelle affectueusement les quatre fantastiques.

  • Anxiété
  • Perfectionnisme
  • Doute de soi
  • Peur de l’échec

Être une fraude : procrastination et auto-sabotage

Si je me retrouve totalement dans tout ce que je peux lire sur le sujet, ce qui est le plus difficile selon moi, et pas toujours relaté, est la conséquence du mal.

J’ai un nom moins sympathique que Lou. Chez moi, le parasite a eu tendance à provoquer les deux relous : j’ai nommé Lady Procrastination et Mister Auto-sabotage. C’est simple, le fait d’être persuadée d’être une usurpatrice peut évidemment rendre une tâche difficile. Mais au lieu de bosser comme une malade pour faire de mon mieux, il m’est arrivé, durant mes études, de bâcler intentionnellement mon travail. Une logique très simple : la peur de rater me fait procrastiner, la procrastination augmente le doute, et au final, je n’accomplis pas totalement ma mission. Si je n’y travaille pas à fond, j’échouerai pour une raison. Tandis si je me donne corps et âme mais je ne réussis pas, je serai officiellement stupide.

Mais si la dite mission est un succès… Alors là, forcément, c’est un coup de chance. Ainsi, le prochain essai se soldera forcément par un échec.

Le test du phénomène de l’imposteur

Un peu différents de ceux de Lou Solomon, Pauline Rose Clance décrit dans son étude les symptômes suivants :

  • Anxiété
  • Manque de confiance en soi
  • Dépression
  • Frustration liée à l’incapacité à créer une concordance entre les standards que l’on s’impose soi-même et la réussite

Si vous vous demandez si vous êtes concerné par le syndrome de l’imposteur, Pauline Rose Clance a créé un test permettant de déterminer si vous êtes infecté par le « virus ». « l’Échelle de Clance pour le phénomène de l’imposteur », « The Clance IP scale ».

Il s’agit d’une suite de question auxquelles vous donnez une note de 1 à 5. Selon le résultat, vous pourrez ou non être considéré comme faisant partie du club. Si vous vous posez la question, c’est le premier test que je ne suis pas fière d’avoir réussi haut la main…

 

Pourquoi est-il si difficile de se défaire du phénomène/syndrome de l’imposteur

 

Pauline Rose Clance et Suzanne Ament Imes ont mis en exergue trois comportements générant le cercle vicieux du syndrome de l’imposteur.

1-      L’assiduité et le travail acharné

Parce qu’on pense ne pas être à la hauteur, on bosse comme un dingue. Le travail paye et on a de bons résultats… Mais la satisfaction est de courte durée car l’angoisse de voir son manque d’intelligence démasqué pousse à travailler toujours plus.

Travailler dur est une excellente chose. Le problème est de considérer que le fruit de son acharnement ne signifie en rien que l’on puisse être méritant. Pourtant, on récolte ce que l’on sème, non ?

2-      La flatterie intellectuelle

Ce comportant est, à mon sens, triste et intéressant à la fois. Il s‘agit de mettre ses opinions de côté afin de s’accorder avec son interlocuteur… Le fait de taire ce que l’on pense entre également dans cette catégorie (parce que « qui ne dit mot consent »).

Le but sera, encore une fois, de ne pas révéler que l’on n’est que tromperie. En effet, l’opinion différente des autres pourrait prouver la bêtise de sa propre réflexion. Comme s’il était invraisemblable d’avoir une avis intéressant sous prétexte qu’il serait en contradiction avec celui de ses interlocuteurs.

Dans ce cas, à force de penser que l’on est une imposture, on en devient vraiment une !

3-      La séduction

Si le concept de séduction s’apparente à la sensualité et de sexualité, on peut aussi parler de sympathie et de charme en général. On peut chercher à plaire afin d’être apprécié, sans que cela n’ait à voir avec quelque chose de plus intime.

Cependant,  en parvenant à charmer et à intégrer l’entourage des personnes visées (que les relations soient amicales ou amoureuses), le cercle vicieux du syndrome de l’imposteur ne s’arrête pas. De fait, on va penser que les personnes « séduites » vont apprécier le travail effectué non pas parce qu’on le mérite… Mais à cause de l’affection qu’elle porte. Ces personnes ne sont donc pas objectives… Pas plus qu’on ne sera réellement légitime.

Le syndrome de l'imposteur est le sentiment de ne jamais à la hauteur

Comment vaincre le syndrome de l’imposteur ?

Donner une voix pour mieux la faire taire

Bon, je vous le dis direct : il n’y pas de pilule magique, pas de solution miracle. Pour soigner le syndrome de l’imposteur, il faut faire un vrai travail sur soi.

Chacun est à la fois son pire ennemi et son meilleur ami. Le syndrome est la voix de notre némésis qui nous dit à longueur de journée « non mais c’est nul ce que tu fais, et c’est parce que tu es nul ! ».

Lou Salomon parle d’identifier cette voix, voire de la personnifier pour mieux lui répondre… Et donc l’envoyer bouler ! Pour cela, elle parle du « héros radical » (« radical hero »). C’est cette autre voix qui nous pousse à aller plus loin et donc à faire taire les penser négatives.

La conférencière a écrit un livre sur le sujet : Freeing your radical hero: Fighting the impostor mindset

via GIPHY

S’exprimer à voix haute

Chaque fois que j’ai évoqué mes doutes, que j’ai dit à des amis que je me sentais rarement à la hauteur, ils ont systématiquement été surpris. Il semblerait que je ne renvoie pas cette image de manque de confiance. La supercherie fonctionne donc parfaitement. Mais ce qui les choquent le plus, c’est que pour eux, j’assure dans ce que je fais. J’aime voyager, découvrir de nouvelles choses et quand je me lance dans un projet, je vais (généralement) au bout… Tout cela avec cette petite voix qui me dit « mouais, mais telle personne fait mieux. Bon, tu as réussi ça, mais tout le monde peut le faire. Tu as eu un bon retour sur ton travail ? Mouais, coup de chance, c’est sûr. La prochaine fois, on saura que tu es naze. »

La réalité est telle que les gens, même en faisant partie de votre entourage, auront un regard objectif sur la qualité de vos prestations. Si c’est nul, on aura plus tendance à ne rien vous dire plutôt que de vous faire des compliments !

Faire un petit jeu de rôle

Imaginez-vous expliquer aux personnes que vous pensez avoir trompées de quelle manière vous les avez bernées.

Un professeur pour la note d’un dossier sur lequel pour avez travaillé des semaines. Un concours que vous avez remporté, fruit d’un dur labeur. Un client satisfait de votre travail…

Si vous leur dites qu’elles ont fait une erreur, qu’elles n’auraient pas dû être satisfaites de ce que vous leur avez proposé. Que vous avez simplement travaillé dur ou que, pire, cela semblait facile donc c’était forcément un coup de chance… Eh bien, on vous dira que vous êtes insultant car vous doutez de la capacité d’évaluation de ces personnes.

Si vous ne faites pas l’affaire, on ne vous choisira pas. Vous avez gagné votre place.

Enregistrer les retours positifs

Les compliments et les bons feedbacks sont toujours agréables à recevoir. Enregistrez-les ! Faites-vous un dossier avec le positif et jetez-y un œil en cas de doute. Cela met du baume au cœur et surtout, vous vous souviendrez de quoi vous êtes capable.

En conclusion, ce n’est pas de l’arrogance que de se rendre compte et d’apprécier ses propres capacités. Le travail que vous fournissez tous les jours et votre intellect n’ont pas à être remis en question. Ni par une personne extérieure, ni par vous-même. Comme le dit Lou Solomon, il y a tellement de belles œuvres, d’idées géniales à côté desquelles le monde entier doit passer à cause de cette petite voix qui fait croire qu’on ne sera jamais à la hauteur…

N’hésitez pas à laisser un commentaire ou à me contacter si vous souhaitez échanger, entre imposteurs.

4 commentaires sur “Le p***** de syndrome de l’imposteur [auto-thérapie]”

  1. Ping : Entrepreneur : Comment être et rester motivé ? - Rédactrice web SEO

Laisser un commentaire